Valeurs ou asservissements des foules inteligentes ?
Publié par Alexis MONS dans Deuxzero, Tribunes, Usages
Tags: Intelligence collective, Régulation, web 2.0
J'ai eu l'occasion de souligner la tendance à plus de contrôle vs l'autorégulation jusqu'à présent à l'oeuvre, mais derrière ces effets de balancier entre démocratie participatif libéré et créatif et république expertise savante et régulatrice, se cachent d'autres débats de fonds, ceux qui pointent une société hyper-individualisée où le narcissisme des blogs n'a d'égal que l'aliénation à la dictature des communautés, quand il ne s'agit pas d'esclavage, ou encore de miroir aux allouettes, de bruit. Cela m'évoque aussi les discussions enflammées autour du Pronetariat. Ce rapport de force est vieux comme le monde, mais l'avènement de la Société de l'Information lui a redonné une certaine vigueur et l'attente d'un équilibre qu'illustre bien celui que cherchent actuellement les médias, entre réflexe défensif et tatonnements.
Je ne méprise pas ces discussions, ni ne rejette à priori ces idées, les phénomènes défensifs ici proposés sont révélateurs des tensions du changement à l'oeuvre. Il faut être tolérant et humble avec ce qui se passe, les forces qui sont à l'oeuvre nous dépassent. En bien où en mal, n'oublions pas que l'internet reste un terreau fertile. Mais le caractère bon ou mauvais des herbes dépend du contexte où elles poussent.
Il est d'abord paradoxal d'invoquer l'idéal social de l'internet originel comme voie de sortie à l'indigence de ce qu'il produirait aujourd'hui. Tout cela ne sert qu'à confronter une prétendue faillite de l'intelligence collective versus celle des experts. À titre personnel, je renvoie l'une et l'autre dos-à-dos. Tout est affaire d'équilibre et dans le monde complexe dans lequel nous sommes l'une et l'autre ont tout à gagner à concourir. Quand à pointer l'individualisme, le web n'est-il pas, au-delà des formes, un nouveau champ de coopération, de biens communs et de solidarités ? il me semble en avoir débattu ici il y a déjà 3 ans.
Encore faut-il comparer ce qui est comparable et arrêter de penser le web comme un tout, de la même façon qu'on pense en blogosphère alors qu'il y en a des tas. Le web est plein d'espaces hypercréatif et sans sombrer dans le lieu-commun Wikipedia, il y a pléthores de réseaux, sphères et terreaux où l'intelligence collective s'exprime et produit. Alors évidemment, on se prend YouTube dans la tronche, comme symbole du déluge de rien. Certes, mais d'abord, comme le dit Jeff How en parlant du crowdsourcing, "la foule produit principalement de la merde [mais] la foule trouve les meilleures idées". Ensuite, ce qui se passe sur ce type de communautés, ce n'est pas la quête de la perfection intellectuelle, c'est celle de l'interaction sociale, des nouvelles proximités numériques. Le buzz est un excellent carburant pour les conversations de tout un chacun et l'entretien voire la quête de notoriété, compétition qui n'est pas sans susciter elle aussi des rapports de force avec ceux qui en tirent profits sonnants et trébuchants. Bref, ne cherchons pas de l'excellence dans les contenus là où l'enjeu porte sur l'échange et le maillage des individus.
Pour le reste, il n'y a aucune nouveauté à constater un certain risque d'aliénation pour l'individu face au flot continu d'informations qui se présente à lui. On peut simplement regretter la faiblesse de la réponse éducative en ce domaine et c'est sans doute ce vide qui nourrit toutes les considérations à la base de ce billet.




























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mardi 20 mars 2007 09:35
Cela dérange les 20% que les 80% puissent être aussi intelligents qu'eux... (ces chiffres sont totalement arbitraires bien sûr). Moi j'en ai marre de ces débats pseudo intellectuels sur la qualités des contenus sur le web.
Le principe est bien que tout le monde y trouve ce qu'il cherche... personne n'empêche quelqu'un de ne lire sur le web que ses quotidiens ou ses sources préférées (références du monde réel....). On ne peut pas reprocher au web de produire 80% d'inutile quand les 20% d'utile remplissent 99% des besoins... bref halte à la dictature des pseudos intellectuels. Cela n'est pas sans rappeler la volonté récente de RDDV, de vouloir qualifier l'information (la vraie...) journalistique sur le net.
Ce débat qui consiste à parler de risque d'aliénation n'est pas né avec le web, mais avec les médias en général. Le web n'est aujourd'hui qu'un catalyseur de ce risque par sa facilité d'accès et son ouverture.
Aujourd'hui s'il existe un problème, c'est peut-être du côté des moteurs de recherche... et si des expériences comme Yahoo questions/réponses sont nées ce n'est certainement pas par hasard...
N'oublions pas que le web est un écosystème et plus on y mettra de règles plus il y aura de "monde underground" qui naitront. Il est capable de se réguler de lui même... comme tout écosystème... il y aura des hauts et des bas... c'est tout. L'intelligence collective dérange et c'est bien normal... l'idée qu'une masse d'individus soit plus puissante que quelques individus très intelligents remet en question des tas de concepts, à commencer par l'éducation et la façon dont nous la concevons en france...