La part du net dans le 29 mai (2)
Publié par Alexis MONS dans Usages
Confirmation des réflexions développées dans mon billet du 19 juin dernier, dans une étude mise en exergue dans Le Monde, aujourd'hui.
Franck Ghitalla, Maître de Conférence à l'Université de Compiègne a étudié plus de 2,5 millions de pages web publiées sur le thème de la constitution, en France.
À peine un tiers des sites concernés supportaient le Oui et seulement un quart de ceux-ci apparentés à l'UMP. Le parti au pouvoir était donc marginalisé sur le réseau.
8 des 10 sites de référence en terme de visibilité étaient des sites du Non et aucun d'eux n'appartient aux médias "traditionnels".
Plus intéressant, l'étude montre que si les sites du Non étaient plus nombreux, ils étaient surtout plus distribués, avec des animateurs (Fondation Copernic ou Etienne Chouard), interactifs et développaient un réseau plus dense. Le camp des Oui, au contraire, s'est trouvé centré sur deux sites fédérateurs (les amisduoui et ensemblepourleoui).
Les partisans du Non ont donc effectivement compensés leur absence de visibilité dans les vecteurs médias classiques par une forte présence en ligne et un maillage à même de dynamiser leur campagne.
Là où le camp du Oui a reproduit des schémas verticaux en se concentrant sur des sites de références relayant les messages du haut sans susciter de dynamique auprès des électeurs du bas, le camp du Non a développé un maillage de sites très liés et très interactifs propres à dynamiser leurs arguments et affirmer un mouvement de fonds, en bas, dans l'échange avec l'internaute-citoyen.
En soulignant que l'impact du net n'est pas encore au niveau des phénomènes vus lors de la dernière campagne présidentielle aux Etats-Unis, Franck Ghitalla n'en met pas moins l'accent sur l'urgence pour les partis et médias de considérer le réseau comme un élément clé de la prochaine bataille électorale.
Dans ce domaine, l'expérience du 29 mai montre que la reproduction des schémas verticaux traditionnels est battue en brêche. Elles ne tient en effet aucun compte des maillages horizontaux qui savent tirer parti de l'interactivité et des facteurs d'échanges que permet le réseau, pour générer des espaces de débats dynamiques où le marketing viral est la règle. Pour réussir demain à ce niveau, ce ne sont pas des initiatives venues d'en haut qui compteront, mais celles des militants et notamment de leurs sites, blogs en tête, individuels ou collectifs.




























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vendredi 15 juillet 2005 00:02
Le vocabulaire utilisé (modèle "vertical" vs modèle "réparti") correspond d'ailleurs à une propriété informatique de nos données sur d'autres domaines que la campagne du TCE au mois de mai dernier. Par exemple, il existe des domaines sur le web qui sont fortement organisés, quand on regarde les liens hypertextes entre les pages ou les sites, en modèles hiérarchiques (de type "loi de puissance" pour les amateurs de théorie des graphes). C'est le cas, par exemple, des 40.000 pages que nous avons analysées sur l'Eglise de scientologie sur le web : on trouve en haut d'une "pyramide" les textes du fondateur de l'Eglise vers qui la plupart des liens hypertextes ramènent forcément dans notre lot de données. En revanche, nous avons travaillé avec Alain Le Berre (un autre de mes collaborateurs) sur le domaine de la coopération Nord-Sud à propos des TICE (TIC pour l'Enseignement) où l'on trouve beaucoup d'acteurs du logiciel libre et des ONG non gouvernementales. Et là, quand on regarde les relations réciproques entre les pages et/ou les sites, on trouve un maillage que nous appelons "en tamis" ou tous les éléments du domaine, en tranches successives, sont distribués de façon relativement "égalitaire", sans phénomène de hiérarchisation apparente.
De là une question qui ne nous quitte plus depuis : en quoi la topologie documentaire des domaines que nous observons et que nous enregistrons dans nos bases (pages, sites, liens, contenu, forme des pages...) renseigne-telle sur la forme de l'organisation sociale que se donnent les acteurs des domaines en question?
Ainsi, le post que je viens de lire est une façon de traduire cette interrogation : il y a de la "hiérarchie" dans le camp du non comme le montre notre étude puisque des sites y font autorité. Mais les sites du non sont densément liés, plus que pour le oui, à tel point que si vous faîtes "disparaître" les sites les plus visibles (comme celui d'Etienne Chouard) il y a de fortes chances pour que subsiste quand même un ensemble cohérent de ressources (autrement dit toujours reliées entre elles). C'est très exactement ce qui n'est pas faisable avec un domaine très hiérarchisé de type "vertical" : faîtes disparaître le sommet de la pyramide et tout s'écroule. Il s'agit d'une propriété mathématique en termes de théorie des graphes. La richesse du camp du non au moment de la campagne pour le TCE, et sûrement la richesse du web en lui même, ce sont ses relations transversales, ce qui fait qu'il "tient" en dehors des modèles verticaux. Les chercheurs américains spécialistes des mêmes domaines que nous ont un nom pour cela : ROBUSTNESS.